Apprendre à laisser partir
On souhaite garder certaines personnes, éliminer certaines erreurs et voir certaines portes se réouvrir. Cependant, avancer ne veut pas dire renoncer à aimer, à se souvenir et, par-dessus tout, à ne pas se négliger soi-même.

Des personnes traversent notre vie comme une saison. Certaines restent quelques jours, quelques mois, quelques années. D'autres s'installent tellement profondément dans nos souvenirs qu'on finit par avoir l'impression qu'elles feront toujours partie de notre histoire. Et puis, un jour, elles partent. Parfois de leur propre volonté. Parfois parce que la vie nous éloigne. Parfois simplement parce que les chemins finissent par prendre des directions différentes. Pendant longtemps, j'ai eu beaucoup de mal avec cette idée. J'ai toujours eu tendance à m'attacher fortement aux personnes qui entraient dans ma vie. Quand quelqu'un comptait pour moi, il ne comptait pas « un peu ». Il prenait une place importante, parfois beaucoup trop importante. Et lorsque cette personne disparaissait, ce n'était pas simplement une absence. C'était un vide.
Porter son passé avec soi
Je crois que nous sommes tous construits avec des morceaux de notre passé. Certains sont heureux. D'autres beaucoup moins. Il y a les personnes que nous avons aimées, celles que nous avons perdues, les erreurs que nous aurions aimé prendre autrement et les moments où nous aurions simplement voulu pouvoir arrêter le temps quelques secondes. Mon histoire personnelle n'est pas différente. J'ai accumulé beaucoup de choses au fil des années. Des deuils, des changements, des déceptions, des relations qui n'ont pas fonctionné, des périodes où je ne savais plus vraiment où j'allais. Puis tout finit par s'accumuler. On avance quand même. On sourit. On travaille. On discute avec les autres. On fait comme si tout allait bien. Jusqu'au jour où le corps et l'esprit décident qu'ils n'ont plus envie de jouer la comédie. Mon anxiété émotionnelle a pris une place importante dans cette histoire. Elle m'a fait ressentir certaines choses beaucoup plus fort que je ne l'aurais voulu. Elle m'a fait réfléchir encore et encore à certaines conversations, à certains regards, à certaines erreurs. Elle m'a fait rejouer le passé avec une précision presque cruelle. « Et si j'avais dit ça ? » « Et si j'avais fait autrement ? » « Et si j'avais simplement réagi différemment ? » Et si…
Des centaines de scénarios. Des milliers de « si ». Mais aucun bouton pour revenir en arrière.
S'attacher peut devenir une faiblesse
J'ai longtemps pensé que s'attacher profondément aux autres était forcément une qualité. Aujourd'hui, je pense que c'est plus compliqué. Aimer les gens, les apprécier, leur faire confiance, vouloir leur bonheur : ce sont de belles choses. Mais lorsque notre équilibre dépend trop fortement de leur présence, cela peut devenir dangereux pour nous-mêmes. Parce que lorsque cette personne part, on a parfois l'impression qu'une partie de nous part avec elle. On cherche alors à comprendre. On cherche à donner du sens à ce qui s'est passé. On repense aux bons moments comme aux mauvais. Et parfois, il faut simplement accepter que certaines histoires ne continueront pas comme on l'aurait imaginé. Certaines personnes peuvent compter énormément pour nous sans être destinées à rester toute notre vie.
Ne pas devenir son propre ennemi
Le problème avec la culpabilité, c'est qu'elle peut facilement devenir une prison. Reconnaître une erreur peut nous faire grandir. Se punir éternellement pour cette erreur ne changera rien à ce qui s'est passé. J'ai longtemps eu tendance à retourner certaines choses contre moi-même. À me dire que j'aurais dû savoir. Que j'aurais dû comprendre. Que j'aurais dû agir autrement. Et lorsque l'on souffre d'une anxiété émotionnelle importante, ces pensées peuvent prendre une ampleur démesurée. Une erreur devient une montagne. Une conversation devient un procès. Un souvenir devient une condamnation. Un simple événement peut devenir une source d'angoisse pendant des jours. Et finalement, on finit par ne plus regarder ce que l'on peut encore construire parce que l'on est occupé à juger celui que l'on était hier. Mais je ne peux plus changer celui que j'étais. Je peux seulement essayer de devenir quelqu'un de meilleur aujourd'hui.
Peut-être faut-il apprendre à vivre seul
C'est probablement la leçon qui me fait le plus peur. Apprendre à vivre seul. Pas forcément être seul. Ce n'est pas la même chose. Vivre seul, dans ce sens, c'est apprendre à ne pas avoir besoin de retenir quelqu'un pour se sentir exister. C'est comprendre que certaines personnes partiront. Que certaines nous laisseront derrière elles. Que certaines histoires auront une fin, même lorsque nous aurions préféré qu'elles continuent. Et que nous continuerons malgré tout à avancer. Il faut apprendre à ne pas courir derrière chaque personne qui s'éloigne. À ne pas se transformer en fantôme de soi-même simplement parce qu'une présence a disparu. À accepter que certaines choses ne nous appartiennent plus. C'est difficile. Mais c'est aussi libérateur. Parce qu'on finit par comprendre que notre histoire ne s'arrête pas simplement parce qu'un chapitre vient de se terminer.
Ne plus s'attacher à n'importe quel prix
Je ne veux pas devenir quelqu'un de froid. Je ne veux pas cesser d'aimer les gens. Je ne veux pas arrêter de faire confiance. Je ne veux pas construire un mur autour de moi en me disant que personne ne pourra plus jamais me faire de mal. Ce serait trop facile. Et probablement trop triste. Je veux simplement apprendre à aimer sans me perdre. À apprécier quelqu'un sans faire de sa présence le centre de mon univers. À accepter qu'une personne puisse être importante sans devenir indispensable. À comprendre que son départ ne signifie pas que je disparais avec elle. Peut-être est-ce cela, finalement, la maturité émotionnelle. Pas devenir insensible. Mais apprendre à ressentir sans se laisser détruire par ce que l'on ressent.
Certaines personnes resteront malgré leur absence
Il y a une chose étrange avec les relations humaines. Quelqu'un peut ne plus faire partie de notre quotidien et continuer pourtant à avoir une place dans notre histoire. Les souvenirs restent. Les conversations restent. Les moments où l'on a ri restent. Les erreurs restent aussi. Mais avec le temps, ils peuvent changer de poids. Ce qui nous faisait souffrir peut devenir une leçon. Ce qui nous semblait être une fin peut devenir le début d'autre chose. Et ce que nous pensions être une partie indispensable de notre vie peut simplement devenir un chapitre. Un chapitre important. Mais un chapitre tout de même.
Ne plus courir après les fantômes
Aujourd'hui, je veux apprendre à laisser partir. Pas parce que je m'en fiche. Pas parce que les personnes n'ont plus d'importance. Mais parce que je dois aussi apprendre à avoir de l'importance pour moi-même. Je ne peux pas passer ma vie à essayer de retenir ce qui est déjà en train de s'éloigner. Je ne peux pas rester éternellement prisonnier de ce qui appartient au passé. Je ne peux pas changer ce qui a été fait. Je peux seulement choisir ce que je ferai demain. Alors peut-être que je dois simplement accepter que certaines personnes feront partie de ma vie pendant un temps, puis prendront un autre chemin. Peut-être que certaines ne comprendront jamais complètement ce que je ressentais. Et peut-être que je ne comprendrai jamais complètement ce qu'elles ressentaient non plus. C'est douloureux.
Mais c'est la vie.
Continuer
Je ne sais pas encore exactement comment on apprend à vivre avec tout cela. Je sais seulement que je dois essayer. Apprendre à être seul sans me sentir abandonné. Apprendre à aimer sans m'accrocher. Apprendre à faire confiance sans me perdre. Apprendre à reconnaître mes erreurs sans me détester. Apprendre à avancer sans avoir besoin de tout comprendre. Et surtout, apprendre que laisser partir n'est pas toujours une défaite. Parfois, c'est simplement une manière de continuer à avancer. Alors je vais continuer. Avec mes défauts. Avec mon passé. Avec mes regrets. Avec cette anxiété qui m'accompagne encore et que j'apprendrai, je l'espère, à apprivoiser. Je continuerai à aimer les gens. Mais peut-être un peu différemment. Je leur donnerai une place dans ma vie sans leur donner les clés de toute ma maison. Parce qu'au fond, les gens peuvent entrer. Ils peuvent rester. Ils peuvent repartir. Mais lorsque certaines portes se ferment, il faut encore être capable de rentrer chez soi.
Et cette fois, j'aimerais que chez moi, ce soit aussi moi.

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