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Des grilles, des lettres et des bouboules: La première de Lingo NL et de Motus
Retour sur la première de Lingo et de celle de Motus

J'ai les boulles. Cf. : Valentin Dias
En article, sur la taverne, j'aimerais qu'on parle de la télévision et surtout d'un jeu mythique des années 90 jusqu'en 2019, qui est Motus. Motus qui continue à travers le jeu sur le net fait par les fans et aussi à travers les rediffusions sur le net, sur les chaînes FAST. Bref l'esprit de Beccaro est toujours avec des boules noires et des "Oooh oh oh".
À l'occasion que l'institut audiovisuel néerlandais a ajouté plus de 70 000 archives en libre accès via de Schatkamer, je trouve que c'est l'occasion de faire un petit retour dans le passé.
De Reagan à VARA : comment c'est arrivé en Europe.
Pour commencer, qu'est-ce que Lingo ou Motus ? C'est un format américain créé par Ralph Andrews en 1987 et diffusé en syndication aux États-Unis et au Canada. Le concept se situe entre le Mastermind, le jeu de lettres et le bingo (pour le tirage des chiffres). L'émission était présentée par Michael Reagan, le fils adoptif de Ronald Reagan, qui était alors président des États-Unis. Mais les audiences ne furent pas au rendez-vous et l'émission fut annulée après une seule saison. Elle reviendra bien plus tard, notamment sur CBS avec RuPaul à la présentation.
Le présentateur, qui est le fils de l'ancien président des États-Unis à l'époque
Si le concept a fonctionné au Québec, il a surtout été revendu à l'international au producteur néerlandais Harry de Winter. Ce dernier l'installe d'abord aux Pays-Bas, où il rencontre un succès fou sur la chaîne VARA. Le jeu fera un retour en 2019 sur SBS6 avant de s'achever en 2023 sur NET5.
Chez nous, l'émission arrive en 1990 sur Antenne 2 avec Thierry Beccaro. Pour la petite histoire, les deux premières saisons de Motus ont été tournées directement dans les studios de la VARA et d'IDTV (les mêmes que pour Lingo), mais nous y reviendrons.
Les règles du jeu et les différences :
Pour jouer à Motus ou à Lingo, c'est très simple : vous disposez d'une grille qui, lors du lancement, comprenait des mots de 5 lettres. Deux équipes doivent deviner un mot grâce à un code couleur :
Le bleu/gris : la lettre n'est pas dans le mot.
Le jaune : la lettre est présente mais mal placée.
Le rouge : la lettre est bien placée.
Chaque équipe a 5 tentatives pour trouver le bon mot et marquer des points. Réussir permet de tirer des boules numérotées dans un sac afin de remplir une grille de loto. À la manière d'un bingo, compléter une ligne permet de remporter la partie et d'accéder à la grande finale.
Mais il y a des différences notoires avec la France et les Pays-Bas :
- L'objectif principal : en France, il fallait accumuler un maximum de points en trouvant les mots, tandis qu'aux Pays-Bas, le but premier était de réaliser une ligne de 5 numéros pour gagner la partie.
- La grille de loto : en France, la grille de chiffres était commune aux deux équipes (la première qui complétait une ligne l'emportait). À la VARA, chaque équipe disposait de sa propre grille, comme dans un vrai bingo.
- La Boule noire vs la Boule rouge : la boule noire est une spécificité française. Si vous tombiez dessus, vous perdiez la main et tous vos points accumulés (qu'il fallait ensuite rattraper). Dans la version néerlandaise (NL), il s'agissait d'une boule rouge qui mettait simplement fin au tour de tirage, sans perte de points.
- La longueur des mots : au début, la version NL est passée de 5 à 6 lettres. En France, le jeu s'est montré très évolutif, proposant des mots de 6 à 10 lettres au fil des années.
- L'affichage visuel : le rouge indiquait une lettre bien placée dans les deux versions. En revanche, pour les lettres mal placées, la version NL utilisait un carré jaune classique, tandis que la version française entourait la lettre d'un rond jaune.
- La finale : en France, les finalistes devaient trouver un maximum de mots dans un temps limité (2 minutes). Aux Pays-Bas, la finale s'appelait le No Lingo : il fallait deviner des mots tout en évitant à tout prix de faire un bingo avec les boules tirées.
Le Lingo
Après une explication des règles sur la grille de mots, on arrive à l'affichage du titre de l'émission.
À la présentation, on retrouve Robert ten Brink, alias Dr. Love, qui a animé le jeu de 1988 à 1992. Les captures d'écran présentées ici proviennent de la toute première émission.
Découverte des candidats et rappel des règles. On ressent immédiatement l'ambiance classique de Lingo, qui deviendra notre Motus national.
Pour rappel, les candidats ont chacun leur grille de numéros. Le but est d'aligner les chiffres horizontalement ou verticalement. Pour avoir le droit de tirer une boule, ils doivent d'abord trouver le mot caché dans la grille de lettres.
Ils devront pour cela trouver un mot sur une grille de chaque chance.
La grille de loto de chaque candidat. Le but est de la remplir pour obtenir un "Lingo".
Ici, nos deux candidates complètent leur grille de mots en tentant de deviner le mot caché.
Côté technique, l'interface des premières années tournait sur un Amiga 2000 avec le logiciel Deluxe Paint et un moniteur Commodore 1084S. Le tout était relié au signal vidéo de l'émission via un Genlock SATV GST 2500 monté en rack pour l'incrustation à l'écran.
Que ce soit pour la version néerlandaise ou française, la patte de Deluxe Paint est indéniable. Un deuxième Amiga 2000 était constamment prêt à prendre le relais en cas de plantage (les utilisateurs d'Amiga connaissent bien le fameux écran de crash Guru Meditation).
Détail important : contrairement à la version française, il n'y a pas de boule noire ici, mais une simple boule rouge qui fait passer le tour.
Et nous avons une équipe gagnante.
Le No Lingo
La grande finale de l'émission, pour expliciter ce qui a été mentionné plus haut : les candidats disposent d'une grille de loto et d'une grille de mots. Chaque mot trouvé leur rapporte de l'argent. Mais attention, s'ils forment un "LINGO" sur leur grille de chiffres, le jeu s'arrête net : "À tchao bonsoir !".
La grille des chiffres : il faut éviter de faire un Lingo sous peine de perdre sa cagnotte.
Pour cette première émission qui affiche au moins 38 ans au compteur, il est logique que les deux candidates l'emportent. Les mécanismes sont bien huilés, et l'animateur prend le temps d'expliquer les règles de ce jeu très technique.
Motus

Nous voilà en septembre 1990 et Motus débarque sur Antenne 2. (Les pilotes étaient pendant les vacances et certaines régles sont auront disparu) Première particularité : en à peine 30 secondes, le générique vous explique clairement les règles du jeu.
Voici la classe incarnée du PAF : Thierry Beccaro. Comme mentionné plus haut, les premières saisons de l'émission ont été tournées aux Pays-Bas, dans les studios de la VARA. Antenne 2 acheminait les candidats en autocar jusqu'au plateau néerlandais. Ce n'est qu'à partir de la deuxième saison que la production a été rapatriée en France.

Concernant l'interface UI/UX, Olivier Debats, opérateur sur l'émission, détaillait le matériel utilisé dans les colonnes d'Amiga News (nᵒ 114 de juillet/août 1998) et sur le site Obligement :
- Un Amiga 2000 gérait l'affichage de la célèbre grille à l'écran, le dictionnaire de mots, la validation des propositions des candidats et les bruitages cultes.
- L'interface visuelle, les grilles bleues, les lettres jaunes, les animations des boules noires et des bonus, avait été dessinée pixel par pixel dans une résolution de 640 x 256 en 16 couleurs, à l'aide du mythique logiciel Deluxe Paint.
- Un second Amiga 2000 servait de secours au cas où le premier planterait.
- En 1994, un Amiga 4000 a été intégré pour compiler et sélectionner les mots dans la base de données de l'émission, qui comptait alors 15 000 mots du dictionnaire.
- Pour couronner le tout, l'équipe de production se déplaçait sur les castings avec un Amiga 600 (doté de 2 Mo de RAM et d'un disque dur de 20 Mo) relié à un simple téléviseur par la prise Péritel pour faire passer les tests de mots aux futurs candidats.
Olivier Debats expliquait d'ailleurs que le système d'exploitation personnalisé et le programme du jeu étaient d'une légèreté impressionnante : la première version du logiciel (adaptée de la version hollandaise à 5 lettres) pesait à peine 35 Ko. La version française à 7 lettres utilisée à la fin des années 90, optimisée par la société MAD, ne pesait que 105 Ko. L'intégralité du système tenait sur une simple disquette 3,5 pouces !
Le fameux tirage de boules et la grille de loto.
Ah pas de chance, c'est la boule noire.
La Grande finale
La grande finale française n'a rien à voir avec la version néerlandaise. Ici, les candidats doivent enchaîner les mots corrects dans un sprint de 2 minutes chronométrées. Pas de perte de points en vue, juste un seuil de mots à atteindre pour décrocher la victoire.
Conclusion
Quand on analyse les deux formats, on réalise que la version néerlandaise a solidement posé les bases de la mécanique de jeu. Je soupçonne d'ailleurs la version américaine de s'en être inspirée pour ses propres relances.
Cependant, pour quelqu'un comme moi qui a grandi avec Thierry Beccaro, ses fameuses boules noires et ses "Ooooh oh oh", j'ai une immense tendresse pour notre version française. Reste que la télévision néerlandaise est un vivier de formats fascinants, et je pense que j'aurai l'occasion d'en reparler ici très souvent.
Allez à la prochaine et… Oh, la boule noire ! OOOOhh oh oh ho !



